Une action qui m’a Douché !

Si je vous parle souvent des actions que je posséde dans  mon portefeuille, je voudrais vous parler aujourd’hui d’une action que j’avais initialement dans mon portefeuille et dont j’ai décidé de me défaire (pour voir mon portefeuille, cliquez ici).

Car on apprend autant de ses erreurs que de ses succès.

L’objet de cet article est de vous expliquer pourquoi j’ai décidé de me séparer de cette action.

Quand je dis qu’elle m’a douché, c’est bien parce que ma vente s’est faite avec une moins-value de plus de 30% !

Loin d’y voir un « échec », cette moins-value m’a appris beaucoup de choses et m’a amené à améliorer ma méthode d’investissement, et en particulier en ce qui concerne le choix de mes actions.

C’est ce que je voudrais partager avec vous dans cet article.

Les (mauvaises) raisons qui m’ont amené à investir dans cette action

Avant de voir pourquoi j’ai décidé de vendre cette action, voyons les raisons pour lesquelles j’avais acheté cette action.

Un rendement élevé

Quand j’ai commencé à investir dans les dividendes, au départ, je l’ai fait en choisissant mes actions uniquement sur le critère du rendement (soit, le montant du dividende/cours de bourse).

A l’époque de mon achat, le rendement était particulièrement intéressant puisqu’il était, par rapport à mon prix d’achat, d’environ 6,8% brut. Logé dans mon PEA, les dividendes reçus étaient donc élevés.

Cette stratégie d’investissement était à courte vue.

Aujourd’hui, comme je l’ai déjà indiqué dans mon article sur une action à haut rendement que j’ai en portefeuille, mon premier critère n’est pas le rendement, mais la pérennité du rendement. Nous y reviendrons.

Une société avec un business stable et une trésorerie pléthorique

En dehors du rendement, mon analyse de la société me rassurait puisqu’elle opère sur un marché, certes vieilissant, mais relativement stable et sur lequel elle a une vraie expérience/savoir faire.

Avec une bonne rentabilité, la société a d’ailleurs une trésorerie très importante. A tel point importante qu’elle représente environ la moitié de la valeur boursière de la société ! Autrement dit, en achetant des actions de la société, j’achetais en fait 50% de cash/liquidité !

Ma vision de cette situation était que cette forte liquidité me protégeait du risque de baisse de l’action et permettait à la société d’assurer un dividende stable.

Une société constituée d’un actionnariat familial important

Le fait que la société était majoritairement détenue par la famille du fondateur était un gage de « bonne gestion » et de gestion dans l’intérêt des actionnaires.

J’étais sensible à ce type d’arguments. L’avenir m’a montré combien il faut se méfier de ce type de pensée unique/pré-mâchée que l’on entend souvent !

Je ne dis pas qu’une société familiale n’est pas un bon investissement, je dis que l’alignement des intérêts des petits actionnaires avec ceux de la famille n’est pas forcément évident. Une analyse de l’histoire et des décisions passées, ainsi que de la communication financière de la société, sont des prérequis importants pour juger ! Aucun avis tout fait ne remplace une analyse.

Toutes les raisons évoquées ci-dessus sont pour moi, aujourd’hui, des mauvaises raisons d’investir.

Elles s’appuient sur des a priori plutôt que sur des faits.

Pourquoi j’ai décidé de vendre mes actions (en forte moins-value)

En fait, dès 2014, j’avais l’intention de vendre mes actions. Principalement en raison de la baisse du montant du dividende constaté entre 2012 et 2014 (-10% entre 2012 et 2013 puis -27% entre 2013 et 2014).

Occupé à d’autres projets professionnels et n’ayant pas encore pris la décision de devenir retraité précoce grâce aux dividendes, je ne l’ai pas fait.

Ma décision de vendre, je l’ai prise au pire moment ! Du jour au lendemain, en octobre 2015, le cours de bourse de la société a dévissé de 35% en raison de mauvais résultats non anticipés par le marché.

Pourquoi je l’ai vendu ?

Aucune visibilité sur le dividende et l’activité

Un des points essentiels que je regarde dans les communiqués financiers est les perspectives fournies par le management.

De ce côté-ci, les phrases générales (« bateau », vide de sens) du type : « la société inscrit son développement dans la continuité de sa stratégie privilégiant la valorisation et la déclinaison de son savoir-faire » ou « Afin de soutenir le développement de ses activités, la société maintient en 2016 un niveau d’investissements commerciaux comparable à 2015. Cette diversification doit permettre à la société de renforcer son potentiel de croissance et de rentabilité à moyen et long terme. » sont des indications claires…qu’il n’y a aucune indication !!!! Sous-entendu : on fait ce qu’on peut pour avancer.

Soit le management n’a aucun objectif et/ou ne sait pas comment le réaliser (ce que, dans le cas précis, je crois), soit il ne veut absolument rien communiquer. Dans le 2 cas, ce ne sont pas des informations de nature à me rassurer en tant qu’investisseur.

En l’occurrence, ces phrases sont réelle et issues d’un communiqué financier de la société. Et d’ailleurs, à force d’avoir lu leurs communiqués, je peux vous dire que ce type de phrase est identique depuis 4 ans !

Ce type d’information ne vous donne à la fois aucune information sur les perspectives d’activité et encore moins sur le montant du futur dividende.

Certes, me direz-vous, le management ne peut pas annoncer à l’avance le montant du dividende. Je ferais à ce sujet trois remarques :

  • Ce point n’est en aucun une généralité ni une vérité absolue car, pour information, les actions à dividendes mensuelles américaines communiquent par avance (oui, vous avez bien lu !!) le montant des dividendes qui seront versés dans les 3 prochains mois.
  • Une société qui verse un dividende trimestriel (cas du dividende Total, par exemple) annonce chaque trimestre le montant du dividende.
  • Le fait de ne pas communiquer le montant du prochain dividende n’empêche pas le management de la société de donner une certaine visibilité, soit en terme d’objectifs/d’intentions sur ce point (par exemple, « Depuis 1982, le dividende n’a pas été diminué. Je ne veux pas être le premier directeur général à le faire depuis tout ce temps » a déclaré le Directeur Général de Total Patrick Pouyanné), soit en termes de méthode de calcul du dividende (taux de distribution).

Au final, cette absence de visibilité se ressent dans l’évolution du dividende (les années sont celles du versement) :

  • 2012 : -10% (versus 2011)
  • 2013 : -10% (versus 2012)
  • 2014 : -27% (versus 2013)
  • 2015 : +52% (versus 2014)
  • 2016 : -6% (versus 2014)

Sans entrer dans le détail des comptes, on s’aperçoit que ces montants sont largement décorrélés des résultats de la société !

Au final, donc, mon sentiment que la société pourrait utiliser la trésorerie importante de la société pour « lisser » le montant des dividendes dans la durée et les stabiliser s’est avéré totalement faux !

Une activité stagnante/déclinante sans relais de croissance

Même si l’activité de la société est stable, cela ne permet pas de générer de la croissance. Il n’y a rien de mal, dans l’absolu, qu’une activité historique soit stable, bien au contraire. Une entreprise correctement gérée utilise l’argent générée par cette activité pour l’investir intelligemment dans des relais permettant de développer l’activité.

De ce point de vue, le management a, de mon point de vue, une incapacité à réaliser ces développements.

Les rares actions menées ont été catastrophiques et ont coûté très cher. La société a, après ces échecs de développement, lancé des opérations de croissance externe qui sont loin de porter leurs fruits.

Mon sentiment est que ces acquisitions ont été faits dans des marchés peu porteurs et/ou que la société n’a pas su leur donner les moyens de se développer.

Par ailleurs, l’internationalisation de l’activité réalisée au début des années 2000 a plutôt été un échec.
Au final, de mon point de vue, la capacité de la société à « rebondir », se développer est, à mes yeux, quasi inexistante. En cause : la qualité du management.

Un actionnariat familial au service de ses propres intérêts (obscures)

Enfin, de mon expérience en tant qu’actionnaire de la société, il en ressort le sentiment que la politique du dividende répond prioritairement à des objectifs/souhaits des actionnaires familiaux. Autrement dit, la politique du dividende répond à des objectifs patrimoniaux plus qu’à tout autre objectif. Je qualifierai cette politique de « peu transparente », voire « opaque ».

Pour dire les choses concrètement, une augmentation de dividende (comme en 2015) résultera plus d’un besoin de trésorerie d’un ou plusieurs actionnaires familiaux que d’une réelle stratégie/politique de versement de dividende.

Inversement, une volonté de réduire les revenus d’un ou plusieurs actionnaires pourra justifier une baisse du dividende (par exemple, pour réduire le montant de l’impôt).

L’absence de politique claire du dividende, les à-coups sur le montant du dividende, l’absence de corrélation (et d’explication de corrélation) entre le dividende et les résultats de la société m’ont décidé à vendre mes actions. Le discours de la société sur un « taux de distribution » d’environ 50% ne m’ont jamais vraiment convaincu tant la réalité comptable me semble au service de l’intérêt des actionnaires familiaux plutôt que l’inverse.

Les leçons apprises de ce placement

Au final, voici ce que cet investissement m’a appris sur le choix des actions de mon portefeuille :

  1. Privilégier la pérennité du rendement sur le niveau du rendement
  2. Ne pas se fier aux idées reçues
  3. Vérifier la qualité du management par l’analyse des communiqués et vérifier leur capacité à tenir leurs engagements
  4. Privilégier les sociétés qui communiquent régulièrement et clairement. Si possible choisir des sociétés qui ont un discours et une politique du dividende transparente
  5. Ne pas réagir à chaud et prendre ses décisions sur le long terme.
    Sur ce dernier point, je dois dire que je regrette un point concernant ma vente de titres : la date d’exécution des ordres. Je suis doublement « fautif » dans la mesure où :
    – comme je l’ai expliqué plus haut, ma décision avait été prise bien avant octobre 2015.
    – Je l’ai fait juste après une annonce de résultats semestriels décevants. Connaissant la société (et sa manière de gérer le versement du dividende), j’aurais dû attendre pour revendre mes titres. Car, depuis la chute de 35% du cours de bourse, celui-ci est remonté à son cours d’avant ! Et, finalement, en 2016, les dividendes n’ont pas baissé autant que cela (ceci est cohérent avec l’absence de corrélation entre les résultats et le montant du dividende, comme expliqué plus haut).

J’espère avoir appris de mes erreurs et, surtout, j’espère qu’elles m’auront rendu plus fort.

Pour conclure cet article, je voudrais bien clarifier le fait que je ne dis pas que cette action est une mauvaise action, un mauvais investissement. J’ai expliqué ici pourquoi c’est un investissement qui ne me convient pas. Mes raisons me sont propres et c’est mon seul avis que j’ai exprimé ici.

Vous voulez savoir de quelle action il s’agit ? Cette action est :

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